La Gentiane : petite monnaie, grand impact local

18 000 gentianes sont actuellement en circulation sur le bassin annécien. Photo Association La Gentiane

Les monnaies locales se développent de plus en plus en France pour dynamiser des territoires et leurs commerces de proximité. Annecy n’échappe pas à la règle. Focus sur la Gentiane.

Et si, après le coronavirus et son très fort impact sur l’activité des petits commerces, les monnaies locales pouvaient relancer l’économie ?

C’est l’avis de Simon-Pierre Sengayrac, consultant sur les finances locales auprès des collectivités, dans sa tribune au journal Reporterre. Par son fonctionnement même, une monnaie locale va favoriser l’économie locale et les petits commerces, encore très nombreux malgré la forte dépendance envers d’autres pays. Et qui dit économie locale, dit circuits courts et dit soutien à l’environnement. À Annecy, depuis avril 2018, une monnaie circule chez plus de 80 professionnels et 300 adhérents consommateurs : la Gentiane. Justement avec cette volonté de repenser le fonctionnement de l’économie.

« Une équipe composées de personnes issues de la permaculture ou des AMAP s’est réunie pour réfléchir au développement territorial, explique Laurence Maurin, membre du comité d’action de la Gentiane. Depuis la crise de 2008, beaucoup de monnaies locales se sont développées. Ces personnes engagées souhaitaient mettre en place un outil pour reprendre le pouvoir sur la création monétaire. »

Face à une monnaie nationale parfois risquée, qui peut être responsable de crises, et qui vise toujours la croissance, la Gentiane se veut un peu plus sécurisée, notamment car elle ne transite jamais par les bourses. « Une monnaie, c’est de la confiance. Elle vaut à partir du moment où on dit qu’elle vaut quelque chose. » Ici, une Gentiane sera toujours égale à un euro, peu importe ce qu’il se passe dans le monde.

Les adhérents peuvent échanger leurs euros contre des gentianes aux différents comptoirs d’échange présents dans les commerces. Photo Association La Gentiane

Une monnaie encadrée

Pour cadrer cet essor des monnaies locales, qui n’ont pas vocation à remplacer l’euro, mais à être complémentaires pour dynamiser le territoire local, la loi Économie sociale et solidaire de 2014 reconnaît leur existence, et fixe surtout des règles à respecter. Il faut ainsi être membre du réseau (en tant que commerçant ou en tant que consommateur) pour pouvoir utiliser la monnaie locale, et il est impossible de rendre des euros sur un paiement en Gentiane.

Un point reste cependant plus limitant pour les membres du comité de la Gentiane : il est obligatoire de mettre en réserve dans une banque la même somme (en euros) que la somme de monnaie locale qui circule. « Nous avons par exemple 18 000 Gentianes en circulation, donc 18 000 € dans une banque que nous avons choisie pour son éthique », précise Laurence Maurin. Une « contrainte » car, même si la Gentiane est presque à l’arrêt durant le confinement avec la fermeture de beaucoup de petits commerces et la préférence pour le paiement par carte bancaire, « si l’on pouvait donner 100 Gentianes aux gens qui n’ont pas beaucoup pour qu’ils puissent aller manger dans les commerces locaux, cela aiderait tout le monde. » Or, impossible pour l’instant pour eux d’ajouter des Gentianes en circulation, et surtout des euros sur le compte.

Après la crise, la réflexion sur les modes de consommation

Pourtant, l’envie d’aider ne fait pas défaut. Si la cagnotte participative en ligne lancée par l’association a pour but de développer les paiements numériques et les virements entre professionnels, et de travailler sur la communication pour faire connaître la Gentiane, l’argent devrait aussi partiellement servir pour aider durant la crise du coronavirus. « Notre idée était d’attribuer 10 % de la somme de la cagnotte à des gens qui ont des problèmes de pouvoir d’achat en ce moment, tout en privilégiant de la nourriture qui a du sens, pas les grandes surfaces », indique Laurence Maurin. Car même un peu à l’arrêt, les membres de la Gentiane veulent tirer des enseignements de cette crise. « Il va falloir qu’on réfléchisse à la manière d’aller vers des productions plus locales. On pense qu’il y a un outil intéressant, mais on aimerait ne pas être les seuls à s’en rendre compte. »

Les commerces adhérents à la Gentiane portent des valeurs éthiques, solidaires et environnementales, comme ici l’épicerie vrac Day by Day à Annecy. Photo Association La Gentiane

Déjà en interne, l’adhésion des commerçants ou autres prestataires est réfléchie. Il faut que leur éthique colle au maximum aux valeurs humaines, locales et écologiques de la Gentiane : « être le plus respectueux possible des hommes et de la nature, essayer de favoriser les circuits courts, mettre en avant l’emploi local, la réduction d’un certain nombre de déchets… ». Lors d’une demande d’adhésion, chaque professionnel doit répondre à des questions sur ces sujets pour connaître son positionnement et/ou sa volonté d’évoluer dans le bon sens. Alors l’association décide, ou non, de l’agréer. « Tout en sachant qu’on ne peut pas être bons partout, rassure Laurence Maurin. Nous souhaitons que les gens essaient de mettre en place des pratiques vertueuses, mais cela dépend des activités. »

Se reposer sur des circuits courts avec à la clé un impact écologique bien moindre, et peut-être une manière de relancer l’économie locale et de sauver les petits commerces, c’est l’un des pouvoirs des monnaies locales. Dès qu’elle pourra retrouver son activité normale, la Gentiane continuera ses actions, avec l’ambition de se développer, notamment autour du lac d’Annecy. « Pour qu’une monnaie locale ait un pouvoir, il faut qu’elle soit partagée par le plus de gens possible car plus elle circule, plus elle crée de la richesse sur le territoire et favorise les circuits courts », conclut Laurence Maurin. CQFD !

La Gentiane en pratique

Née à Annecy, la Gentiane s’exporte peu à peu autour du bassin annécien et autour du lac. Cependant, l’association ne dispose que de quatre comptoirs d’échange fixes, où les adhérents peuvent échanger leurs euros contre des gentianes. « Il n’y en a pas assez, nous le savons et nous travaillons là-dessus. Par exemple, nous n’avons rien à Meythet et cela pourrait être intéressant à développer », explique Laurence Maurin. D’autres comptoirs mobiles sont installés lors des manifestations où l’association est présente. Pour les commerçants, recevoir de l’argent des clients en gentianes ou en euros ne change pas grand-chose. À part qu’ils doivent gérer deux caisses. Une fois les comptes faits, les usages peuvent être variés. « Le commerçant pourra utiliser ses gentianes pour consommer dans le réseau, payer une partie du salaire de ses employés en gentianes s’ils sont d’accord, payer sa cotisation à l’association… Il peut aussi rééchanger en euros, même si ce n’est pas l’objectif. » Si tel est le cas, l’association applique cette fois un taux de reconversion. Par exemple, pour 100 gentianes, le commerçant récupérera 95 euros.

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